la canne de balzac

Né en 1799 et auteur de romans alimentaires sous des pseudonymes divers, avant d’atteindre la célébrité avec La Femme de trente ans, puis cette fantastique postérité de La Comédie humaine, Honoré de Balzac est également l'auteur d'un ouvrage peu connu, intitulé Traité de la vie élégante (publié en plusieurs livraisons dans un journal de 1830), et qui commence par cette phrase en exergue : "L'esprit d'un homme se devine à la manière dont il porte sa canne de marche."

La vie de Balzac, dandy parisien, précède sa grande période de création, mais le dandysme lui doit beaucoup. Bien que son embonpoint un peu trop excessif l’empêchât de passer pour un Brummel continental, il n'en a pas moins énoncé quelques principes fondamentaux concernant la véritable élégance et ses accessoires. Mais attention : il convient d'être fashionable avec naturel ! L'élégance d'un dandy ne doit jamais apparaître comme "travaillée". Sinon, il devient "un meuble de boudoir", "un mannequin extrêment ingénieux qui mord ou tète habilement le bout d'une canne pliante", mais un "être pensant" jamais ! C'est pourquoi le maniement de la canne ne s'apprend pas : il se possède de naissance... "Il ne suffit pas d'être devenu riche ou de naître pour mener une vie élégante, il faut en avoir le sentiment".

Sur nombre de caricatures ou Honoré de Balzac apparaît, le ventre avantageux serré dans un gilet, ses cheveux longs et plats effleurant le col de se redingote, ses pieds minces pointant dans des bottines vernies sous le tendu de son pantalon à sous-pied, il tient à la main une fort étrange canne de luxe, deux fois plus large de diamètre au sommet qu'à la base, en forme de long fût évasé, prenant des allures de colonne monumentale. Il faut dire que tout Paris en parlait, de la canne de Balzac ! Elle mesurait en réalité 95 cm de haut et possédait surtout un fort joli couvercle à charnière, en or, orné de petites turquoises et de ciselures. Le couvercle remplaçant le pommeau se levait pour découvrir, juste en-dessous, un portrait miniature de cette "chère Eve", madame Hanska.

Ce remarquable ouvrage de joaillerie monté sur un jonc avait couté la somme non négligeable de 700 francs de l'époque, chez le bijoutier Lecointe, rue de Castiglione, et Balzac l'arborait avec le sentiment très vif de contribuer à l'histoire de l'accessoire du costume. La dragonne était formée de trois chaînette d'or terminées par des petites glands, réalisées avec un sautoir ayant appartenu à madame Hanska jeune fille. A la mort de Balzac, en 1847, elle hérita de cette canne dont elle retira son médaillon, puis elle l'offrit au docteur Nacquart, l'ami intime de son époux. L'arrière-petit-fils de Nacquart en fit donc au Musée Carnavalet. La canne de Balzac est aujourd'hui conservée à la Maison de Balzac, rue Raynouard, à PAris, dans le XVIe arrondissement.