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Si Paris possède de très anciens et réputés fabricants de canne de marche et de canne parapluie, on ne saurait contester que Londres lui dispute à cet égard le titre de capitale, bien que le parapluie ne fit son apparition en Angleterre qu'avec 50 ans de retard par rapport au continent. Au yeux d'un Anglais, le parapluie canne n'est pas un simple objet utilitaire. C'est beaucoup plus que cela. certes, tous les grands - et les moins grands - magasins de Londres proposent toutes sortes de modèles très honnêtes et de bonne fabrication , mais les connaisseurs s'accordent à reconnaître la suprématie de deux spécialistes.

Citons tout d'abord, dans le New Oxford Street, au n°53, la maison James Smith and Sons : la parfaite banalité de ce patronyme typiquement britannique ne doit pas faire illusion. Il s'agit d'une illustre maison spécialisée en parapluie canne, ombrelle, cannes de marche en bois, et cannes-épées, fournisseur de la haute société depuis des décennies et habituée aux commandes sur mesure les plus exigeantes. Mais le simple client anonyme qui vient y choisir son modèle s'y fait adapter son embout en fonction de sa taille. Citons aussi Swaine, Adeney, Brigg and Sons, 185 Piccadilly, survivant d'une époque révolue ou chaque client faisait confectionner selon ses goûts un parapluie en soie naturelle d'une rare élégance et d'une parfait sobriété. Son choix actuel de cannes et de parapluies canne est tout à fait exceptionnel.

Si l'on veut, tout en restant à Paris, respirer un peu de cette atmosphère si particulière des magasins londoniens, ou l'on peut s’équiper de pied en cap - parapluie compris - en vrai gentleman, il est conseillé de faire halte chez Old England.

Robert Louis Stevenson est plus connu pour avoir écrit L’Île au Trésor ou Docteur Jekyll et Mister Hyde que pour avoir contribué, dans une revue publiée à Edimbourgh en 1871, à une étude sur "la Philosophie du parapluie". Et pourtant, comme le rapporte TS. Crawford, il exposa avec beaucoup de conviction une démonstration tendant à expliquer pourquoi le fait de laisser son parapluie chez soi avait automatiquement pour conséquence de faire pleuvoir...

"La propriété de loin la plus retorse du parapluie, dit Stevenson, est l'énergie qu'il déploie pour affecter les couches de l'atmosphère. Il n'existe en météorologie aucun fait mieux établi que celui-ci, à savoir que le port du parapluie, à plus forte raison lorsque de nombreux individus en sont équipés, produit une dessiccation de l'air. En revanche, si on le laisse chez soi, la vapeur d'eau est émise en plus fortes proportions, et bien vite elle se transforme en pluie"

Que les usagers laissent leurs parapluies chez eux, qu'il pleuve à verse et qu'ils se précipitent chez nous" : tel fut, sans doute, de tout temps, le vœu secret des marchands de parapluies. Mais... "Quand il pleut le joue de la saint Medard, Pendant quarante jours, faut prendre son riflard ! Les marchands de pépins et de water-proofs, Se frottent les mains : faut bien qu'ces gens bouffent !" Telle est la conclusion de Jacques Prévert...