Robert de Montesquiou et ses cannes

Festueux dandy au tournant du siècle, grand habitué de Maxim's, des salons parisiens et des premières à l'Opéra, il fut immortalisé par le peintre Boldoni : vêtu de gris perle, cravaté de noir, ganté de blanc, il tient dans sa main droite, point d'orgue de sa silhouette fine et spirituelle jusqu'aux pointes de sa moustache relevée en crocs, une très élégante canne de marche d'acajou à pommeau de jade.

Compagnon indispensable des poses, la canne constitue un accessoire de toute première nécessité pour le dandy, qui doit savoir s'en servir avec une grâce naturelle, pour ponctuer sa conversation, son comportement, mais jamais pour une fonction aussi prosaïque que de s'aider à marche.

La canne du dandy lui sert à établir des distances entre sa personne, supérieure par définition, et l'environnement vulgaire qu'il est amené à côtoyer. Ainsi apparaît Robert de Montesquiou, "croqué" sur le mode satirique par Jen Lorrain dans son roman Monsieur de Phocas (1902) : "... de l'extrémité de sa canne - un jonc d'au moins dix louis dont la pomme, un ivoire vert d'un travail bizarre, me requérait immédiatement - du bout de sa canne, donc, Monsieur de Phocas feuilletait un manuscrit et le lisait de haut, négligemment...".

Ajoutons que la collection de cannes de Monsieur de Montesquiou était particulièrement riche, digne d'un grand amateur d'art. Les unes étaient d'ivoire sculpté, les autres incrustées de pierres précieuses, ciselées, ornées de netsuke (petites sculptures japonaises en forme de personnages ou d’animaux). Le bijou de sa collection était un jonc à pommeau d'or ayant, dit-on, appartenu à Louis XV.